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J'ai grandi à Boulogne, jusqu'à l'âge de 17 ans. C'est une ville bourgeoise,terriblement morte la nuit. Le " Bois de Boulogne " ne connaît pas ce répit, il est animé jour et nuit... Lorsque tous les chats sont gris, les voitures roulent au ralenti... Les phares des voitures illuminent la scène où se joue la version industrielle de: " La Belle et la Bête ". C'est une version interdite aux enfants, mais lorsque nous rentrions tard le soir en voiture avec mes parents, le chemin de la maison nous obligeait ( selon mon père, mais pas selon ma mère ) à côtoyer cet étrange spectacle nocturne... Dès la sortie du périphérique, sentant une tension s' installer dans la voiture, le silence de plus en plus assourdissant au fur et à mesure que l'on pénétrait dans ce théâtre d' ombres chinoises, je faisais souvent semblant de dormir pour ne plus me sentir coupable d'exister... Je craignais le regard accusateur de ma mère qui m'aurait surveillé du coin de l'oeil dans le rétroviseur. Lorsqu' on recevait de la famille, surtout ceux qui venait de très loin, la visite nocturne du bois de Boulogne était une attraction majeure, presque obligatoire pour tout invité qui se respecte... J'étais très jeune à cette époque, je n'avais pas besoin de faire semblant de dormir sur la banquette arrière, à ces heures de la nuit où les Belles s'exhibaient... J' entends encore ces voix se rinçant l'oeil, s' exclamant devant ces femmes comme on s' étonnerait au zoo devant " l' inquiétante étrangeté " du singe aux expressions si humaines... J'ai ce souvenir, cette image indélébile, en ayant entre ouvert les yeux, d' une femme plaquant ses énormes seins contre la vitre de la voiture... Il fallait régulièrement aller à l' église, regarder un couple s'embrasser langoureusement à la télévision était interdit, mais le bois de Boulogne semblait avoir des vertues dont la compréhension m' échappait encore... Ce dessin date d' Octobre 1993, j' avais 16 ans. Aujourd'hui seulement, en écrivant, je commence tout juste à comprendre ce qu'il représente. Presque 15 ans après, je continue à dessiner, avec un besoin viscéral, " la même " chose, sur ce thème où enfin je peux mettre des mots. |
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